Imaginez un tribunal romain, vers 158-159 de notre ère, dans la ville de Sabratha, sur la côte de l'actuelle Libye. L'accusé est un jeune intellectuel brillant, soupçonné d'avoir ensorcelé une riche veuve pour l'épouser. Pour se défendre, il ne baisse pas les yeux : il se présente fièrement comme « à demi Numide, à demi Gétule ». Cet homme s'appelle Apulée. Il a laissé à la littérature mondiale un roman étonnant, Les Métamorphoses, plus connu sous le nom de L'Âne d'or. Et il est, à sa manière, l'un des plus anciens écrivains d'Afrique du Nord à revendiquer ses racines locales.
1. Qui était Apulée ?
Apulée (Apuleius en latin) est né vers 124-125 à Madaure (Madauros), cité de Numidie dont les ruines se trouvent près de M'Daourouch, dans l'est de l'Algérie actuelle. Fils d'un notable local, il a étudié à Carthage, puis à Athènes, avant de voyager et de séjourner à Rome. Orateur, philosophe platonicien, conférencier recherché, il a écrit en latin et, selon ses propres dires, aussi en grec.
2. Que veut dire « mi-Numide, mi-Gétule » ?
La formule vient de son discours de défense, l'Apologie. Les Numides désignaient alors les populations du nord de l'actuelle Algérie et de la Tunisie occidentale ; les Gétules, des populations plus méridionales, souvent nomades, aux confins du désert. Les deux noms renvoient, pour les historiens, aux ancêtres des Amazighs. Apulée ne parle évidemment pas d'« Amazigh » : le mot n'apparaît pas sous cette forme dans ses textes. Mais il revendique une origine africaine locale, et il le fait sans complexe, devant un magistrat romain. Il ajoute d'ailleurs qu'il n'y a pas à rougir de sa patrie, ce qui est, pour l'époque, une belle déclaration.
3. Pourquoi a-t-il été jugé pour magie ?
À Oea (l'actuelle Tripoli), Apulée épouse Pudentilla, une veuve fortunée, plus âgée que lui. La famille du premier mari crie au scandale et l'accuse d'avoir usé de sortilèges pour la séduire et capter sa fortune. Le procès a lieu à Sabratha devant le proconsul d'Afrique. Le texte de sa défense nous est parvenu : il est spirituel, érudit, parfois mordant. L'issue exacte n'est pas consignée dans un document officiel, mais Apulée a manifestement poursuivi sa carrière librement à Carthage, ce qui laisse penser qu'il a été acquitté.
4. Qu'est-ce que L'Âne d'or ?
C'est un roman en onze livres. Le narrateur, Lucius, curieux de magie, veut se transformer en oiseau grâce à un onguent… et se retrouve changé en âne. Il traverse alors mille aventures, souvent cocasses, parfois cruelles, avant de retrouver forme humaine grâce à la déesse Isis. C'est le seul roman latin de l'Antiquité qui nous soit parvenu complet. On y trouve des brigands, des sorcières, des scènes de la vie quotidienne et une profonde méditation sur la curiosité et la transformation.
Le conte d'Amour et Psyché
Au cœur du roman se niche un conte devenu célèbre : celui de Psyché, jeune mortelle aimée du dieu Amour (Cupidon), qui la perd pour avoir voulu voir son visage. Ce récit a inspiré des siècles de peintres, de sculpteurs et d'écrivains, de La Fontaine à Canova. Beaucoup ignorent qu'il nous vient d'un auteur né en Numidie.
5. Apulée parlait-il une langue amazighe ?
On ne le sait pas avec certitude. Ses œuvres sont en latin, la langue de culture de l'Afrique romaine. Dans l'Apologie, il reproche à son beau-fils de ne parler presque que le punique et un peu de grec, ce qui montre la diversité linguistique de la région : latin, grec, punique et, dans les campagnes, les parlers libyques, ancêtres des langues amazighes. Affirmer qu'Apulée « parlait tamazight » serait donc une extrapolation.
6. Est-il vraiment « le premier romancier africain » ?
On lit souvent cette formule. Elle a du sens si l'on parle d'un auteur né en Afrique dont un roman complet a survécu. Mais il faut rester prudent : l'Antiquité a connu d'autres récits, souvent perdus, et le roman grec existait déjà. Disons plutôt qu'Apulée est l'un des tout premiers grands écrivains d'Afrique du Nord dont l'œuvre a traversé les siècles.
7. Que reste-t-il de Madaure aujourd'hui ?
Le site antique de Madauros conserve des vestiges romains : forum, thermes, théâtre et remparts byzantins. Madaure est aussi la ville où le jeune Augustin, futur saint Augustin, est venu étudier quelques siècles plus tard. La petite cité numide a donc formé deux des plus grandes plumes latines d'Afrique.
8. Pourquoi en parler dans un journal de bijouterie ?
Parce que l'histoire amazighe ne se résume pas aux montagnes et aux parures d'argent. Elle passe aussi par des bibliothèques, des tribunaux et des romans. Apulée rappelle que l'identité nord-africaine s'est toujours exprimée dans plusieurs langues, et qu'on peut être à la fois cosmopolite et attaché à sa terre. C'est l'esprit de notre collection Amazigh : des signes anciens, portés avec les codes d'aujourd'hui.
Le Collier Amazigh Gravé en Or 18K (à partir de 2999 DH) reprend cette idée d'une identité affirmée simplement, au plus près du cœur. Et pour celles et ceux qui veulent écrire un prénom dans l'alphabet amazigh, le Collier Tifinagh Personnalisé en Or 18K (à partir de 2899 DH) transforme quelques lettres en signature.
À retenir
- Apulée est né vers 124-125 à Madaure, en Numidie (Algérie actuelle).
- Il se décrit lui-même comme « mi-Numide, mi-Gétule » dans son Apologie.
- L'Âne d'or est le seul roman latin antique conservé en entier.
- Le lien avec une langue amazighe parlée reste une hypothèse, pas un fait établi.
Une envie de porter, vous aussi, un fragment de cette longue histoire ? Notre atelier de Casablanca peut créer une pièce sur-mesure autour d'un mot, d'un signe ou d'un prénom en tifinagh. Écrivez-nous via le bouton WhatsApp de l'atelier, nous vous répondrons avec plaisir.

0 commentaire