Gravures rupestres du Haut Atlas : poignards, disques et éléphants gravés à Oukaïmeden et au Yagour

Bague Triangle d'Amazigh en Or 18K, inspirée des signes géométriques gravés du Haut Atlas

Au-dessus de Marrakech, là où l'on vient aujourd'hui skier ou pique-niquer l'été, des milliers de visiteurs passent chaque année à quelques pas de dessins vieux de plusieurs millénaires sans les voir. Sur les dalles rocheuses d'Oukaïmeden et du plateau du Yagour, des mains anonymes ont gravé des poignards, des hallebardes, des disques, des éléphants et des silhouettes humaines. Ces gravures rupestres du Haut Atlas comptent parmi les plus anciennes « images » du Maroc. Voici ce que l'on sait vraiment d'elles, et ce qui reste du domaine de l'hypothèse.

Une découverte du milieu du XXe siècle

Les bergers qui montaient chaque été vers les pâturages d'altitude connaissaient sans doute ces pierres depuis toujours. Pour les chercheurs, l'histoire commence dans les années 1950 : un enseignant de Casablanca signale des gravures à Oukaïmeden à l'inspection des antiquités préhistoriques, qui charge un professeur de Marrakech, Jean Malhomme, d'aller les vérifier. Ce dernier y consacrera des années. Son Corpus des gravures rupestres du Grand Atlas, publié en deux volumes en 1959 et 1961, couvre Oukaïmeden, le Yagour et d'autres sites voisins. Il reste aujourd'hui encore la base de travail des archéologues.

Depuis, d'autres équipes ont repris l'inventaire. Une étude récente consacrée à la seule vallée d'Oukaïmeden recense ainsi 249 stations regroupant 1 068 figures. La technique dominante est le piquetage : on frappait la roche avec une pierre dure pour en retirer la patine sombre, le motif apparaissant alors plus clair. Le polissage, ou abrasion, vient en second.

Ce que l'on voit sur les rochers

Des armes en métal

C'est la grande singularité du Haut Atlas : beaucoup de gravures représentent des armes. On y reconnaît des poignards à lame triangulaire, des hallebardes (une lame fixée perpendiculairement à un long manche), des haches, et des formes dites « scutiformes » qui évoquent des boucliers. Malhomme considérait les hallebardes comme de véritables « fossiles directeurs », c'est-à-dire des repères pour dater l'ensemble.

Des disques décorés

Autre motif marquant : de grands disques, souvent ornés de rayons, de cercles concentriques ou de quadrillages. On les a longtemps lus comme des symboles solaires. D'autres chercheurs y voient plutôt des boucliers ronds. La question n'est pas tranchée, et c'est un bon exemple de la prudence nécessaire face à ces images : nous voyons la forme, pas l'intention.

Des animaux, dont des éléphants

Les bovins et d'autres animaux, sauvages ou domestiques, occupent une large place. Sur l'un des panneaux les plus célèbres, souvent appelé la « frise des éléphants », documenté en 1986, figurent des éléphants et un rhinocéros. Ces animaux ont disparu de la région depuis longtemps, ce qui rappelle combien le paysage a changé.

Des figures humaines et des motifs géométriques

On trouve enfin des personnages, d'abord assez naturalistes puis de plus en plus schématiques, des cavaliers et des fantassins dans les phases les plus tardives, ainsi que des signes géométriques : cercles, lignes, quadrillages, formes triangulaires. Les chercheurs classent l'ensemble en grandes familles : figures humaines, animaux, armes, objets, symboles, et figures indéterminées.

De quand datent ces gravures ?

Dater une image piquetée dans la roche est très difficile : il n'y a ni charbon à analyser, ni couche archéologique directement associée. Les chercheurs croisent donc plusieurs indices : les superpositions de gravures, l'état de la patine, et surtout la forme des armes représentées, que l'on compare à des objets réels datés ailleurs.

  • Ce qui fait consensus : l'essentiel de l'art d'Oukaïmeden s'étale entre le Néolithique et l'âge du bronze, avec quelques ajouts d'époque historique.
  • Ce qui est discuté : la chronologie fine. Malhomme rapprochait la plupart des armes de l'âge du bronze ancien de la péninsule Ibérique ; d'autres ont comparé certaines hallebardes à des types ibériques précis, comme ceux de la culture d'El Argar. Un chercheur a proposé un premier âge du bronze vers 1500-1200 av. J.-C., suivi d'un « bronze atlasique » jusque vers 600 av. J.-C., les cavaliers étant plus récents encore. D'autres datations, plus anciennes ou plus récentes, ont été avancées pour le Yagour.

Ces gravures ont aussi joué un rôle important dans l'histoire de la recherche : les hallebardes du Haut Atlas ont aidé à défendre l'idée que l'Afrique du Nord avait bien connu des âges du cuivre et du bronze, et non un passage direct de la pierre au fer.

Les « ancêtres » des motifs amazighs ?

Il est tentant de relier ces triangles et ces cercles gravés aux motifs que l'on retrouve, bien plus tard, sur les tapis, les tatouages ou les fibules amazighs. Soyons honnêtes : aucune filiation directe n'est démontrée. Des milliers d'années séparent ces gravures des bijoux du XIXe siècle, et les formes géométriques simples apparaissent dans de très nombreuses cultures. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il existe dans ces montagnes une très longue tradition de signes gravés, et que les artisans d'aujourd'hui y puisent librement une inspiration, sans prétendre en restituer le sens originel.

C'est dans cet esprit que nous dessinons certaines pièces à l'atelier. La Bague Triangle d'Amazigh en Or 18K (à partir de 4 500 DH) reprend la ligne pure du triangle, l'un des signes les plus anciens et les plus universels. Le Collier Tagldit Flèche en Or 18K (à partir de 7 590 DH) joue, lui, avec la pointe et le chevron, une forme qui évoque sans les copier ces lames gravées sur la roche.

Visiter les sites avec respect

Si vous montez à Oukaïmeden, quelques gestes simples protègent ce patrimoine fragile :

  • ne marchez pas sur les dalles gravées et ne les touchez pas : le sel et le gras de la peau abîment la patine ;
  • ne repassez jamais un motif à la craie, à l'eau ou au charbon pour la photo ;
  • préférez la lumière rasante du matin ou de la fin d'après-midi, qui révèle naturellement les reliefs ;
  • faites-vous accompagner par un guide local, qui connaît l'emplacement des panneaux et leur fragilité.

Une inspiration à porter

Ces gravures nous rappellent que le goût du signe, de la ligne nette et du motif géométrique est ancré dans les montagnes marocaines depuis des millénaires. Si cette histoire vous parle, découvrez toute notre collection Amazigh, ou écrivez à notre atelier de Casablanca sur WhatsApp : nous pouvons imaginer avec vous une pièce sur-mesure inspirée d'un motif qui vous a marquée.

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