Dans la trousse de beauté de votre grand-mère, entre le petit miroir et le flacon d'eau de rose, il y avait peut-être un objet curieux : un petit flacon en forme de poire ou de goutte, en argent ciselé, fermé par un bouchon d'où dépassait une fine tige de métal. C'est une mkahla, l'étui à khol. Un objet du quotidien que les orfèvres ont transformé en véritable petit bijou.
Le khol, un geste millénaire
Souligner ses yeux de noir est l'un des gestes de beauté les plus anciens au monde : on le retrouve dans l'Égypte antique, au Proche-Orient, en Inde, et dans tout le Maghreb. Au Maroc, le khol fait partie de la beauté traditionnelle, aux côtés du henné, du souak et de l'eau de rose. Il se porte au quotidien comme lors des fêtes, et les mariées le portent intensifié.
La mkahla : un objet d'orfèvrerie
Le khol étant une poudre très fine, il fallait un contenant étanche et pratique. Les artisans ont imaginé des étuis en argent, en laiton, en cuivre ou en bois, souvent décorés de gravures, de ciselures, parfois d'émail ou de cabochons de couleur. Certaines pièces anciennes sont de véritables chefs-d'œuvre miniatures, que l'on retrouve aujourd'hui dans les musées et chez les collectionneurs.
Le mrewed, le bâtonnet
La mkahla est accompagnée d'une fine tige appelée mrewed (ou mirwad), en métal ou en bois, que l'on trempe dans la poudre puis que l'on glisse doucement entre les paupières fermées. Le geste, appris de mère en fille, demande de la pratique.
Un mot, deux objets
Curiosité de la langue : mkahla désigne aussi, en darija, le fusil traditionnel des cavaliers de la tbourida. Les deux mots partagent la racine du khol, la poudre noire : celle des yeux d'un côté, celle des anciens fusils de l'autre.
Ce que l'on sait aujourd'hui sur le khol traditionnel
Il est important de le dire avec honnêteté : certaines préparations traditionnelles de khol, à base de minéraux, peuvent contenir du plomb. Plusieurs autorités sanitaires dans le monde mettent en garde contre leur usage, en particulier chez les enfants. Si vous aimez le geste du khol, privilégiez des produits cosmétiques contrôlés, dont la composition est indiquée. La mkahla ancienne, elle, peut très bien devenir un objet de décoration ou de collection.
Le regard au cœur de la culture marocaine
Le khol, la mkahla et le soin porté aux yeux disent l'importance du regard dans notre culture : le regard qui séduit, qui accueille, mais aussi celui dont on se protège, d'où la place des symboles de l'œil dans les bijoux traditionnels. Un regard bien dessiné est un regard qui s'affirme.
Vos questions, nos réponses
Comment dater une mkahla ancienne ?
C'est difficile sans expertise. Le métal, le style des gravures, l'usure et la présence de poinçons donnent des indices, mais seul un spécialiste des objets anciens peut se prononcer. Méfiez-vous des pièces présentées comme « très anciennes » sans explication.
Peut-on l'utiliser comme objet de décoration ?
Bien sûr : posée sur une coiffeuse ou dans une vitrine, une belle mkahla raconte à elle seule l'histoire de la beauté marocaine. Nettoyez-la simplement avec un chiffon doux, sans produits abrasifs qui effaceraient ses gravures.
Le motif de l'œil a-t-il un sens particulier ?
Dans de nombreuses cultures méditerranéennes, l'œil est un motif de protection traditionnel. Chacun y met le sens qu'il veut ; pour nous, c'est avant tout un très beau motif, chargé d'histoire.
Le regard dans nos bijoux
Nos Boucles d'Œil en or 18 carats reprennent ce symbole intemporel, et le Collier Regard Croisé joue avec l'idée du regard échangé. Pour d'autres pièces nourries de la tradition, découvrez notre collection Amazigh.
Le mot de l'atelier
Vous avez hérité d'une mkahla ou d'un petit objet en argent ancien ? Nous adorons ces histoires. Envoyez-nous une photo sur WhatsApp : notre atelier de Casablanca peut s'en inspirer pour une création.

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