Dans bien des maisons marocaines, il y a sur une étagère un livre qu'on ne range pas comme les autres : un vieux Coran de famille, un recueil de poésie hérité d'un grand-père, une couverture de cuir rouge usée aux coins, dont les filets dorés brillent encore quand on l'incline vers la fenêtre. Cet éclat-là vient souvent d'un savoir-faire très précis, celui des relieurs de Fès, qui ont pendant des siècles mis l'or au service du livre.
Le maroquin, un mot né du Maroc
Commençons par un mot que tout le monde connaît sans toujours savoir d'où il vient : maroquin. En français, il désigne un cuir de chèvre tanné végétalement, traditionnellement au sumac, au grain fin et marqué. Le mot vient tout simplement du nom du Maroc, tant ces cuirs étaient associés au pays. Les relieurs fassis considéraient d'ailleurs la peau de chèvre comme la meilleure pour couvrir un livre, loin devant le mouton, la basane, jugée plus modeste. Ces peaux étaient teintes, très souvent en rouge, par des tanneurs spécialisés.
Les étapes d'une reliure traditionnelle
Les descriptions laissées par les observateurs du début du XXe siècle permettent de suivre le travail du relieur, le sffar (de tasfir, la reliure).
1. Coudre et assembler
Les cahiers du manuscrit sont cousus sur un métier à coudre, puis assemblés et pressés. Les plats sont faits de carton, que les relieurs achetaient dans les fondouks de la médina.
2. Couvrir de cuir
Le cuir, aminci au couteau à parer, est collé sur les plats et le dos. La colle traditionnelle était une colle de farine, à laquelle on ajoutait du sulfate de cuivre pour éloigner les insectes.
3. Le rabat
Beaucoup de reliures du monde islamique, et celles de Fès ne font pas exception, portent un rabat : un prolongement triangulaire du plat inférieur qui vient se rabattre sur la tranche et la protéger de la poussière et de la lumière. Ce dispositif est attesté au moins depuis le IXe siècle.
4. La dorure
C'est le moment où l'or entre en scène. La dorure aux petits fers consiste à imprimer à chaud, dans le cuir, de petits outils gravés : filets, fleurons, rosaces, motifs d'angle. À Fès, on fixait la feuille d'or au blanc d'œuf, puis on la pressait avec les fers chauffés : l'or se soude au cuir dans le creux du motif, et l'on retire le surplus. Les relieurs utilisaient aussi des fers de cuivre ou de bois dur, certains fabriqués sur place, d'autres importés. Les descriptions anciennes mentionnent enfin un or liquide, préparé à partir de feuille d'or broyée et appliqué au calame pour les détails.
D'où venait l'or ?
Voici le détail qui nous touche le plus, nous, bijoutiers. Dans les années 1930, un batteur d'or installé au mellah de Fès fabriquait la feuille d'or à partir de vieux bijoux fondus, battus jusqu'à devenir plus fins qu'une pellicule. L'or des parures d'hier devenait ainsi la lumière des livres. Une feuille d'or importée, moins chère, faisait concurrence à cet or local.
Un savoir-faire qui a failli disparaître
Au début du XXe siècle, la reliure fassie traverse une crise : l'imprimerie et la lithographie se répandent, des reliures bon marché arrivent d'autres pays, les apprentis se font rares. Vers 1912, on ne comptait plus qu'une poignée de maîtres, notamment au sein de la famille Lahlou, dont la tradition familiale remonterait à plusieurs siècles. Des ateliers sont relancés à partir de 1915-1916, près de la Qaraouiyine, et le métier reprend vie.
Un texte précieux témoigne de l'ancienneté de cet art : un traité sur la reliure rédigé vers 1619 par un savant fassi, Ahmed ben Mohammed Es-Sofiani, qui décrit les outils et les gestes du métier. Il a été publié en traduction française au début du XXe siècle.
Le livre, l'or et la lettre
La reliure ne se comprend pas sans ce qu'elle protège : l'écriture. En 2021, la calligraphie arabe a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, dans un dossier commun à plusieurs pays dont le Maroc. Le calligraphe, l'enlumineur et le relieur travaillaient côte à côte pour faire d'un livre un objet digne de son contenu.
Du livre au bijou
Chez Azor, nous partageons avec les relieurs ce goût de l'or posé sur une forme et de l'ornement qui ne crie pas. Le Collier Kuffi (V. Serti) en Or 18K, à partir de 4 490 DH, rend hommage à l'écriture coufique, l'une des plus anciennes formes de la calligraphie arabe. Le Bracelet Arabesque Lumière en Or 18K, à partir de 14 999 DH, prolonge au poignet les entrelacs qui ornent tant de plats de reliure.
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