À Antsirabe, ville d'eaux des hauts plateaux de Madagascar, à plus de 8 000 kilomètres à vol d'oiseau de Rabat, un hôtel aux allures coloniales garde un souvenir que bien des Marocains ignorent : c'est là, à l'hôtel des Thermes, qu'un sultan exilé a vécu avec sa famille, loin de son peuple. Lorsque le roi Mohammed VI s'y est rendu en 2016, la presse marocaine a rappelé ce chapitre méconnu. Voici l'histoire de ces deux années d'exil, et de ce retour du 16 novembre 1955 qui ouvre la voie à l'indépendance.
20 août 1953 : un sultan qui refuse d'abdiquer
Au début des années 1950, le sultan Sidi Mohammed ben Youssef, futur Mohammed V, s'est rapproché du mouvement national. Il refuse de signer les textes que lui présentent les autorités du Protectorat et soutient la revendication d'indépendance. Le 20 août 1953, faute d'avoir obtenu son abdication, la France le dépose et l'éloigne du Maroc avec ses fils, dont le prince Moulay Hassan, futur Hassan II.
À sa place, Paris installe un parent éloigné, Mohammed ben Arafa. L'Espagne franquiste, qui administre le nord du pays et n'a pas été consultée, refuse de le reconnaître. Surtout, une grande partie de la population marocaine ne reconnaît pas ce « sultan des Français ».
Cette date du 20 août est restée dans le calendrier national sous le nom de Révolution du Roi et du Peuple : elle marque le moment où le souverain et le mouvement national ont lié leurs destins.
Première étape : la Corse
Le jour même, un avion militaire dépose la famille royale à Ajaccio. Le séjour corse est bref : l'île n'est qu'une étape, et les autorités décident rapidement d'éloigner davantage le souverain.
Madagascar : l'exil le plus lointain
Au début de l'année 1954, la famille est transférée à Madagascar, alors colonie française, et installée à Antsirabe, au centre de la Grande Île. C'est à l'hôtel des Thermes que le sultan, ses fils et les siens vivent l'essentiel de leur exil. L'éloignement est voulu : couper le souverain de son peuple.
L'effet est inverse. Au Maroc, la déposition déclenche une vague de résistance : manifestations, boycott, actions armées de la résistance urbaine et, à partir de 1955, l'Armée de libération dans le nord. Le portrait du sultan circule sous le manteau. Une croyance populaire se répand même, selon laquelle on verrait son visage dans la lune : cela relève bien sûr de la légende, mais elle dit beaucoup de l'attachement d'un peuple à son roi absent.
1955 : l'année du basculement
Face à une situation devenue intenable, Paris cherche une issue. À l'automne 1955, Ben Arafa se retire. Fin octobre, Mohammed ben Youssef quitte Madagascar pour la France. Les discussions se déroulent notamment au château de La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, et aboutissent à une déclaration commune, le 6 novembre 1955, qui ouvre la voie à des négociations sur l'indépendance du Maroc.
16, 17, 18 novembre : les « Trois Glorieuses »
Le 16 novembre 1955, l'avion du sultan se pose à l'aéroport de Rabat-Salé. Le prince Moulay Hassan l'accompagne. Des foules immenses bordent la route jusqu'au palais royal, dans une liesse que les témoins de l'époque décrivent comme inoubliable. Les trois jours qui suivent sont restés dans la mémoire collective sous le nom de « Trois Glorieuses ».
Le 18 novembre, jour de la fête du Trône, le souverain prononce un discours annonçant la fin du régime de protectorat et l'avènement de l'indépendance. C'est pourquoi le 18 novembre est aujourd'hui la fête de l'Indépendance, même si la déclaration franco-marocaine abrogeant le traité de Fès n'est signée que le 2 mars 1956.
Ce que l'on retient, et ce que l'on raconte
- Établi : la déposition du 20 août 1953, l'exil en Corse puis à Madagascar, le retour du 16 novembre 1955, l'indépendance de mars 1956.
- Tradition orale : le visage du roi dans la lune, ou certains détails de la vie à Antsirabe transmis de bouche à oreille. Ils font partie de la mémoire collective, sans être des faits historiques au sens strict.
Transmettre cette mémoire en famille
Dans beaucoup de familles, ce sont les grands-parents qui racontent encore « l'année où le roi est revenu ». Ces souvenirs se perdent si on ne les partage pas. Un bijou peut servir de point d'appui à la transmission : une pièce qui porte le pays et que l'on raconte en l'offrant.
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En conclusion
De l'aéroport d'Ajaccio à l'hôtel des Thermes d'Antsirabe, puis à la foule de Rabat, l'exil de Mohammed V est l'une des plus belles pages de l'histoire marocaine moderne : celle d'un exil qui a soudé un peuple au lieu de l'éteindre. En ce mois de novembre, retrouvez notre collection Rouh Al Maghrib, ou contactez l'atelier de Casablanca via WhatsApp pour graver une date, un prénom ou une étoile sur un bijou à transmettre.

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