Peintures murales amazighes : quand les femmes de Kabylie dessinaient les signes sur les murs de la maison

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Une maison peut-elle porter des tatouages ? En Kabylie, la réponse a longtemps été oui. Sur les murs intérieurs blanchis à la chaux, les femmes traçaient des losanges, des triangles, des lignes brisées, les mêmes figures que l'on retrouvait sur leurs poteries, leurs tissages, leur peau… et leurs bijoux. Un art discret, rarement montré aux visiteurs, et pourtant l'une des clés pour comprendre l'univers graphique amazigh.

Un art de l'intérieur

Dans la maison kabyle traditionnelle, les murs intérieurs étaient enduits puis blanchis à la chaux. Sur ce fond clair, les femmes peignaient des décors géométriques sombres. Les descriptions que l'on en a soulignent deux points :

  • C'était un art féminin. Comme la poterie modelée à la main et le tissage, la peinture des murs était l'affaire des femmes, et le savoir se transmettait de mère en fille.
  • Ce n'était pas « que » de la décoration. Plusieurs auteurs y voient une iconographie symbolique, liée à la protection de la maison et du foyer.

Les mêmes signes, d'un support à l'autre

Ce qui frappe, c'est la circulation des motifs. Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve par exemple un grand plat à couscous kabyle du XXe siècle, monté au colombin par une potière, utilisé pour les mariages et les fêtes. Son décor : des damiers, des croix, des cercles et des triangles, en noir et beige rehaussés de rouge. La notice du musée précise que ces mêmes motifs se retrouvent sur les textiles, les bijoux et les tatouages des femmes.

Autrement dit, le mur, le plat, le tapis, le visage et la fibule parlaient le même langage visuel. Les peintures murales sont simplement le support le plus fragile de ce répertoire : un enduit refait, une maison abandonnée ou reconstruite, et le décor disparaît.

Que veulent dire ces signes ?

C'est ici qu'il faut être prudent. L'anthropologue Makilam, née dans un village kabyle, a consacré un livre entier à la question (Symbols and Magic in the Arts of Kabyle Women, 2007), en étudiant ensemble poterie, tissage, tatouages et peintures murales. Elle y défend une lecture symbolique et rituelle de ces décors, en opposition à l'idée qu'il s'agirait de simples ornements.

Ce que l'on peut dire avec certitude :

  • les motifs sont géométriques et appartiennent à un répertoire partagé par tout le monde amazigh ;
  • ils étaient produits par des femmes, dans des contextes domestiques et festifs ;
  • des sens leur ont été attribués (fertilité, protection, éléments de la nature), mais ces sens varient selon les villages, les familles et les époques.

Ce que l'on ne peut pas dire : qu'il existerait un dictionnaire fixe où chaque signe aurait une seule signification. Les tableaux « tel motif = tel sens » que l'on voit circuler sur Internet simplifient beaucoup une réalité vivante et locale.

Et au Maroc ?

Les décors peints des murs intérieurs kabyles sont parmi les mieux décrits. Au Maroc, la géométrie amazighe s'est exprimée de façon spectaculaire sur d'autres supports : façades de pisé des kasbahs et des ksour, portes sculptées, poteries rifaines, tapis du Moyen et du Haut Atlas, tatouages. Les études sur d'éventuelles peintures murales domestiques y sont plus rares ; nous préférons donc ne pas généraliser.

Pourquoi ces murs nous inspirent

Ce qui nous touche dans ces peintures, c'est l'idée d'un signe tracé à main levée, légèrement irrégulier, vivant. C'est cette qualité que nous cherchons à garder quand nous transposons un motif en or :

Trois gestes pour regarder autrement

  1. Comparez les supports : face à un plat, un tapis ou un bijou ancien, cherchez les mêmes figures. Vous verrez vite qu'elles voyagent.
  2. Demandez plutôt que de deviner : si une grand-mère de la famille se souvient d'un nom de motif, notez-le. C'est souvent la seule trace qui reste.
  3. Photographiez les décors des maisons familiales avant une rénovation : ce patrimoine-là disparaît sans bruit.

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