Saint Augustin de Thagaste était-il amazigh ? Mythes et réalités sur le plus célèbre des Nord-Africains

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Souk Ahras, dans l'est de l'Algérie. Au milieu de la ville, un vieil olivier est désigné par la tradition locale comme « l'olivier de saint Augustin », sous lequel le jeune homme aurait médité. Rien ne permet de le prouver, mais l'anecdote dit bien l'attachement de toute une région à cet enfant du pays. Car avant d'être l'un des penseurs les plus influents de l'histoire de l'Occident, Augustin était un garçon né dans une petite ville de Numidie. Alors, était-il amazigh ? La question revient souvent. Voici ce que l'on peut affirmer, et ce qui relève de l'hypothèse ou du raccourci.

Ce qui est sûr : un enfant de Numidie

Aurelius Augustinus est né le 13 novembre 354 à Thagaste (l'actuelle Souk Ahras), dans la province romaine d'Afrique. Son père, Patricius, est un petit notable païen, citoyen romain ; sa mère, Monique (Monnica), est une chrétienne fervente. Il étudie à Madaure, la ville d'Apulée, puis à Carthage, enseigne la rhétorique, part pour Rome puis Milan, où il est baptisé en 387. Revenu en Afrique, il devient évêque d'Hippone (l'actuelle Annaba) et y meurt en 430, alors que la ville est assiégée par les Vandales. Toute sa vie, à deux séjours italiens près, s'est donc déroulée en Afrique du Nord.

Mythe n°1 : « Augustin se disait berbère »

Réalité : on ne trouve pas, dans ses écrits, de déclaration du type « je suis berbère » ou « je suis numide ». Le mot « berbère », au sens moderne, n'existait d'ailleurs pas. Augustin se présente surtout comme un Africain (Afer), et il assume cette identité face à des interlocuteurs italiens qui s'en moquent parfois. Il écrit en latin, pense en latin et cite Virgile. Il ne faut donc pas lui prêter une revendication qu'il n'a pas formulée.

Mythe n°2 : « Sa famille était romaine venue d'Italie »

Réalité : rien ne l'indique non plus. Au IVe siècle, la plupart des habitants de l'Afrique romaine étaient des populations locales romanisées depuis des générations, mêlées à des descendants de colons et à l'héritage punique. La citoyenneté romaine, généralisée depuis 212, ne dit rien de l'origine. La plupart des historiens considèrent qu'Augustin est issu d'une famille africaine locale, sans qu'on puisse en détailler l'ascendance.

Mythe n°3 : « Le nom de sa mère prouve son origine amazighe »

Réalité : c'est une piste intéressante, pas une preuve. Le nom Monnica n'est ni latin ni grec classique. Certains chercheurs l'ont rapproché d'une divinité libyque, Mon, honorée à Thibilis, non loin de Thagaste. C'est plausible, mais d'autres étymologies ont été proposées. On peut dire que le nom de Monique est probablement d'origine locale ; affirmer qu'il « prouve » quoi que ce soit serait excessif.

Mythe n°4 : « Augustin parlait tamazight »

Réalité : on n'en sait rien. Ses textes montrent qu'il connaît quelques mots de punique, la langue héritée de Carthage encore parlée dans les campagnes ; il en cite et explique certains dans ses sermons. Il mentionne aussi des peuples d'Afrique qui parlent une seule langue « barbare », ce qui renvoie vraisemblablement aux parlers libyques, ancêtres des langues amazighes. Mais rien ne dit qu'il les parlait lui-même. Sa langue maternelle, au sens où il l'a apprise enfant, semble avoir été le latin.

Mythe n°5 : « C'est une question récente et politique »

Réalité : en partie seulement. Le débat sur l'« africanité » d'Augustin est ancien chez les historiens. Il a pris une dimension nouvelle avec la reconnaissance des identités amazighes au Maghreb : l'Algérie a ainsi organisé en 2001 un grand colloque international consacré à Augustin, « africain et universel ». Revendiquer Augustin comme un fils de la terre nord-africaine est légitime ; en faire un militant amazigh avant l'heure serait anachronique.

Alors, que retenir ?

  • Augustin est né, a vécu et est mort en Afrique du Nord : c'est un fait.
  • Il se disait Africain, pas « berbère » : le mot n'avait pas ce sens.
  • Une ascendance locale, en partie libyco-berbère, est vraisemblable, sans être démontrable dans le détail.
  • Il a écrit en latin et ne nous dit rien d'une pratique personnelle des langues libyques.

Cette prudence n'enlève rien à la fierté qu'on peut en tirer. Elle rappelle simplement que l'identité nord-africaine a toujours été un tissage : des racines locales, des langues venues d'ailleurs, et une manière propre de faire siennes les influences.

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