On la croise au cou de voyageurs, sur les étals des souks, dans les boutiques de créateurs à Paris ou à New York. La croix d'Agadez, ce pendentif d'argent à la forme si particulière, est devenue l'un des bijoux amazighs les plus connus au monde. Pourtant, on sait souvent peu de choses de son origine. Et son nom prête à confusion : ce n'est pas une croix chrétienne.
Un bijou touareg
La croix d'Agadez vient du monde touareg, au Sahara et au Sahel, et tire son nom de la ville d'Agadez, au Niger, ancienne cité caravanière. Les Touaregs sont des Amazighs : ils parlent la tamasheq, une langue amazighe, et ont conservé jusqu'à nos jours une forme ancienne de l'alphabet tifinagh, celui-là même qui a inspiré le tifinagh moderne utilisé au Maroc.
Une forme, des dizaines de variantes
On parle souvent des « croix du Sud » au pluriel. Il en existe en effet de nombreuses variantes, chacune associée à une ville, une région ou une famille d'artisans : Agadez, Iferouane, Tahoua, Zinder et bien d'autres. Elles se distinguent par la forme de l'anneau supérieur, des bras, des découpes et des gravures. Les connaisseurs savent dire d'où vient une croix au premier regard.
Que signifie-t-elle ?
Les interprétations sont nombreuses, et il faut se garder des explications trop définitives. On y voit souvent :
- Les quatre directions du monde, essentielles pour des peuples de nomades et de caravaniers.
- Un symbole de protection pour le voyageur.
- Un signe d'appartenance à une région ou un groupe.
Une parole souvent rapportée dit qu'un père, en remettant la croix à son fils, lui confiait les quatre coins du monde, car nul ne sait où il ira. Belle image, qui résume l'esprit de ce bijou de voyage.
Le savoir-faire des forgerons
Chez les Touaregs, le travail du métal est l'affaire d'un groupe d'artisans, les inadan, forgerons et bijoutiers à la fois. Beaucoup de croix sont réalisées en argent par fonte à cire perdue : l'artisan sculpte un modèle en cire, l'enrobe d'argile, chauffe pour faire fondre la cire, puis coule le métal dans le creux laissé. Le moule est cassé à chaque fois : chaque pièce est unique. La gravure au poinçon et au burin vient ensuite. C'est d'ailleurs une technique que l'on utilise encore aujourd'hui en joaillerie, y compris dans notre atelier.
Et le Maroc dans tout ça ?
Le monde amazigh s'étend de l'oasis de Siwa, en Égypte, aux îles Canaries, et du Rif au Sahel. Si chaque région a ses propres bijoux (fibules du Souss, parures du Rif, bijoux hassanis du Sahara), on y retrouve des points communs : l'argent, la géométrie, les triangles et les losanges, le goût du bijou-talisman, et l'écriture tifinagh. La croix d'Agadez est une cousine lointaine de nos bijoux marocains.
Acheter une croix d'Agadez avec respect
- Préférez les pièces en argent fabriquées par des artisans, plutôt que les copies industrielles en métal blanc.
- Demandez la région d'origine : c'est une partie de l'histoire du bijou.
- Portez-la en connaissant son histoire : c'est la meilleure façon de l'honorer.
Vos questions, nos réponses
Une femme peut-elle porter une croix d'Agadez ?
Oui. Elle est portée par les hommes comme par les femmes, et on l'offre volontiers à l'occasion d'un passage important de la vie.
Existe-t-elle en or ?
La tradition est l'argent, mais des créateurs l'ont réinterprétée en or. Il s'agit alors d'une version contemporaine, à choisir en connaissant son histoire.
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