On raconte qu'il avait fait un serment : ne jamais répéter deux fois le même poème. Alors, de village en village, de marché en marché, il en improvisait de nouveaux, que ses auditeurs apprenaient par cœur et se transmettaient. Plus d'un siècle après sa mort, des milliers de personnes en récitent encore. Il s'appelait Si Mohand Ou Mhand.
Une vie brisée par l'histoire
Si Mohand naît au milieu du XIXe siècle en Kabylie, dans une famille aisée et lettrée. En 1871, la grande insurrection kabyle contre l'autorité coloniale française est violemment réprimée : sa famille est ruinée, certains de ses proches sont tués ou déportés, ses biens confisqués. Le jeune homme perd tout.
Le poète errant
Commence alors une vie d'errance. Si Mohand parcourt la Kabylie, mais aussi d'autres régions et des villes où travaillent des Kabyles exilés. Il vit pauvrement, fréquente les cafés, les marchés, et compose sans cesse. Il meurt au tout début du XXe siècle, en 1906, sans avoir jamais retrouvé la vie d'avant.
Les isefra : une forme poétique unique
Ses poèmes s'appellent des isefra (au singulier asefru). La forme la plus célèbre compte neuf vers, organisés en trois strophes de trois vers, avec un jeu précis de rimes et de longueurs. En quelques lignes, Si Mohand dit l'exil, l'amour, la perte, la religion, l'ironie face au destin.
La légende du serment
La tradition rapporte qu'il avait juré de ne jamais redire un poème déjà composé. Vraie ou embellie, l'histoire explique pourquoi ses isefra sont parvenus jusqu'à nous par la mémoire de ses auditeurs et non par sa propre voix.
Mouloud Mammeri, le passeur
Au XXe siècle, l'écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri recueille auprès des anciens des centaines de poèmes attribués à Si Mohand et les publie, avec traduction et commentaires, en 1969 dans Les Isefra de Si Mohand. Grâce à ce travail, l'œuvre d'un poète oral devient accessible à tous les lecteurs.
Pourquoi il nous parle, du Maroc
La Kabylie est une cousine du monde amazigh marocain. Les thèmes de Si Mohand, l'exil, la nostalgie du pays, la dignité dans l'épreuve, résonnent avec ceux de l'izli du Moyen Atlas ou des rways du Souss, et avec l'expérience de tant de familles marocaines à l'étranger.
Graver quelques mots
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