Tabzimt, la grande fibule ronde de Kabylie : vos questions sur ce bijou d'argent, d'émail et de corail

Collier Izza en Or 18K – Azor

Il y a quelques années, une maison de ventes parisienne a dispersé une fibule kabyle hors norme : 27 cm de haut, 17 cm de diamètre et plus d'un kilo d'argent, d'émail et de corail. Le catalogue la qualifiait d'exceptionnelle par sa taille. Son nom ? Tabzimt, la grande broche ronde de Kabylie. Moins connue au Maroc que notre tazerzit triangulaire, elle est pourtant l'une des pièces les plus spectaculaires de toute l'orfèvrerie amazighe. Voici les réponses aux questions que l'on nous pose le plus souvent à son sujet.

Qu'est-ce qu'une tabzimt, exactement ?

C'est une fibule, c'est-à-dire une broche-épingle servant à maintenir un vêtement drapé ou à orner la poitrine. En Kabylie (Algérie), on parle d'abzim ou de tabzimt (avec le « t » initial et final qui, en tamazight, marque souvent le féminin ou le diminutif). Plusieurs auteurs rattachent ce mot à un terme arabe désignant la boucle ou l'agrafe : c'est une hypothèse étymologique courante, pas une certitude absolue.

Ce qui la distingue au premier regard, c'est sa forme : là où la tazerzit du Souss et de l'Anti-Atlas dessine un triangle sous un anneau, la tabzimt est le plus souvent un disque, parfois très large, d'où pendent des chaînettes et des pendeloques.

D'où vient-elle ?

Le grand foyer de la tabzimt est la Grande Kabylie, et en particulier les villages des Ath Yenni (Beni Yenni), réputés depuis longtemps pour leurs bijoutiers. Les catalogues de musées et de ventes qui décrivent ces pièces citent presque toujours cette origine. L'ouvrage de référence reste celui de l'archéologue et ethnologue Henriette Camps-Faber, Bijoux berbères d'Algérie, qui consacre plusieurs pages aux fibules rondes.

Comment est-elle fabriquée ?

La tabzimt réunit trois savoir-faire typiques de l'orfèvrerie kabyle :

  • L'argent, découpé et soudé pour former le disque et ses bordures.
  • L'émail cloisonné : de fines bandes de métal dessinent des alvéoles que l'orfèvre remplit d'émail. Les couleurs dominantes sont le jaune, le vert et le bleu, une palette devenue la signature des bijoux kabyles.
  • Le corail rouge de Méditerranée, monté en gros cabochons, souvent un au centre et d'autres autour.

La pièce vendue à Paris comptait par exemple cinq grands cabochons de corail, une couronne de petites boules d'argent, et treize pendeloques émaillées coiffées de corail. Au revers, l'émail dessinait des cercles concentriques : même ce que l'on ne voyait pas était décoré.

Comment la portait-on ?

Selon sa taille, la tabzimt se portait sur la poitrine, fixée au vêtement, ou servait à fermer la robe traditionnelle. Les sources kabyles décrivent aussi des fibules reliées par une chaînette pour retenir l'étoffe aux épaules. Les plus petites pièces de la même famille pouvaient orner la coiffure ou le front. Une grande tabzimt d'apparat, elle, ne se portait évidemment pas tous les jours : c'était un bijou de fête et de cérémonie.

Est-il vrai qu'on l'offrait à la naissance d'un fils ?

C'est l'affirmation que l'on rencontre le plus souvent : la tabzimt aurait été offerte à la mère qui donnait naissance à un garçon. Cette tradition est largement répétée dans les livres et articles grand public, mais nous n'en avons pas trouvé de description précise et datée qui permette de dire si elle était générale ou propre à certaines familles. D'autres sources rappellent simplement que la fibule était offerte au mariage ou transmise comme héritage familial. Le plus honnête est donc de dire : c'est une tradition rapportée, qui dit surtout combien ce bijou était lié aux grands moments de la vie d'une femme.

Que signifient ses décors ?

Comme souvent dans l'art amazigh, il faut distinguer ce qui est observé de ce qui est interprété. Observé : des triangles, des losanges, des cercles, des points, des couleurs franches. Interprété : le triangle lié à la féminité, les points et cercles comme protection contre le mauvais œil, le vert comme couleur de la vie. Ces lectures circulent beaucoup ; elles sont belles, mais elles ne viennent pas d'un « code » écrit transmis par les orfèvres. Le corail rouge, en revanche, est bien attesté comme matière de prestige dans toute la parure amazighe.

Tabzimt, tazerzit : cousines ou sœurs ?

Cousines. Toutes deux appartiennent à la grande famille des fibules d'Afrique du Nord, mais chaque région a développé sa forme : triangle et anneau dans le Sud marocain, disque émaillé en Kabylie, variantes encore différentes dans les Aurès ou chez les Touaregs. C'est ce qui rend la parure amazighe si riche : un même geste (attacher un drapé) et mille façons de le rendre beau.

Peut-on porter l'esprit de la tabzimt aujourd'hui ?

Une tabzimt ancienne est une pièce de collection, lourde et fragile, à manipuler avec soin. Mais son esprit, le cercle rayonnant, la générosité des pendeloques, le contraste du métal et de la couleur, se retrouve dans des bijoux faciles à porter. Dans notre collection Amazigh, le Collier Izza en or 18K reprend cette idée d'un motif plein qui accroche la lumière sur la poitrine, et le Bracelet Héritage Amazigh en argent massif (à partir de 1 399 DH) rappelle que l'argent fut le métal de cœur de ces parures.

En résumé

  • La tabzimt est la grande fibule ronde de Kabylie, typique des Ath Yenni.
  • Argent, émail cloisonné jaune-vert-bleu et corail en sont la signature.
  • Le lien avec la naissance d'un fils est une tradition rapportée, pas un fait documenté pour toutes les familles.

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