Imaginez un enfant assis dans le sable, au bord d'un campement. Sa mère trace du doigt un cercle, une croix, trois points : elle lui apprend l'alphabet. Chez les Touaregs, on rapporte en effet que ce sont surtout les mères qui ont transmis le tifinagh aux enfants. Et ce sont des femmes qui jouent l'imzad, la vièle à une corde inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO. Écriture et musique : deux trésors amazighs longtemps portés par les femmes. Autour d'eux, beaucoup de belles histoires circulent. Démêlons le vrai du romanesque.
Mythe n°1 : « Le tifinagh est un alphabet inventé récemment »
Réalité : c'est l'inverse. Le tifinagh descend de l'écriture dite libyque ou libyco-berbère, attestée dans l'Antiquité sur des stèles et des gravures rupestres. Les Touaregs sont le peuple amazigh qui a conservé sans interruption un usage traditionnel de cette écriture. Ce qui est récent, c'est le néo-tifinagh : une version modernisée, promue à partir des années 1960-1970, puis adoptée au Maroc par l'IRCAM en 2003. Le tifinagh est entré dans le standard informatique Unicode en 2005.
Mythe n°2 : « Le tifinagh servait à écrire des livres »
Réalité : chez les Touaregs, l'usage traditionnel est surtout fait de messages courts : inscriptions sur les rochers, graffitis, signatures, jeux de lettres et devinettes. Les chercheurs, dont l'anthropologue Hélène Claudot-Hawad, ont souligné sa dimension ludique et sentimentale : on s'en servait aussi pour des messages amoureux. La littérature touarègue, elle, était avant tout orale : poésie, chants, récits.
Mythe n°3 : « On écrit le tifinagh dans un seul sens »
Réalité : le tifinagh traditionnel est remarquablement souple. L'écriture libyque ancienne se lisait souvent de bas en haut, mais aussi de droite à gauche, et d'autres orientations existent. Traditionnellement, les voyelles ne sont pas notées, sauf en fin de mot, par un simple point. Le néo-tifinagh de l'IRCAM, lui, s'écrit de gauche à droite et note les voyelles : c'est cette version que l'on grave aujourd'hui sur un bijou prénom.
Mythe n°4 : « Les femmes touarègues sont les seules à savoir l'écrire »
Réalité : c'est exagéré. Hommes et femmes connaissent le tifinagh. Mais plusieurs sources insistent sur le rôle des mères dans l'apprentissage des enfants, et avancent une explication : l'arabe étant davantage appris par les hommes, le tifinagh serait resté l'écriture du foyer, gardée vivante par les femmes. C'est une hypothèse séduisante et plausible, pas une loi générale valable pour tous les groupes touaregs.
Mythe n°5 : « L'imzad est un instrument d'homme, comme le luth »
Réalité : l'imzad est un instrument de femmes. Selon le dossier de l'UNESCO, qui a inscrit en 2013 les « pratiques et savoirs liés à l'imzad des communautés touarègues de l'Algérie, du Mali et du Niger » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel :
- ce sont les femmes qui jouent l'imzad, et ce sont elles qui le fabriquent, à partir d'une demi-calebasse séchée et évidée ;
- l'instrument n'a qu'une seule corde, frottée avec un archet en bois arqué ;
- les hommes composent, récitent ou chantent les poèmes, qui célèbrent souvent les exploits des héros d'autrefois ;
- la musique de l'imzad avait aussi, selon ce dossier, un rôle de réconfort auprès des malades.
Longtemps, l'imzad accompagnait les soirées où les jeunes gens se retrouvaient pour écouter de la musique et de la poésie, ces rencontres galantes que les Touaregs appellent ahal. L'UNESCO a reconnu que cette pratique était menacée par la raréfaction des joueuses.
Mythe n°6 : « Les bijoux touaregs sont couverts d'inscriptions »
Réalité : les bijoux touaregs, comme la célèbre croix d'Agadez, sont surtout décorés de motifs géométriques gravés, pas de phrases. L'écriture et le décor sont deux langages voisins mais distincts. L'idée d'écrire un mot en tifinagh sur un bijou est donc une belle invention moderne, qui prolonge l'histoire plutôt qu'elle ne la reproduit.
Porter le tifinagh aujourd'hui
Graver un prénom, le mot tayri (amour) ou le Yaz ⵣ sur un bijou, c'est un peu reprendre ce geste de la mère qui trace des lettres dans le sable. Le Collier Tifinagh Personnalisé en or 18K (à partir de 2 899 DH) existe aussi en version argent massif (à partir de 499 DH), et le Collier Amazigh Gravé en or 18K joue sur le contraste du signe et du métal.
Un conseil : avant de valider une gravure, faites relire l'orthographe en néo-tifinagh par quelqu'un qui pratique la langue, car certaines lettres se ressemblent beaucoup.
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