Un bidon d'huile vide, un bâton et un câble de frein de bicyclette : c'est ainsi, raconte-t-on, qu'Ibrahim Ag Alhabib s'est fabriqué sa toute première guitare, enfant, dans le nord du Mali. Quelques décennies plus tard, son groupe, Tinariwen, remportait un Grammy Award à Los Angeles. Entre les deux, il y a l'histoire d'un peuple amazigh du Sahara, les Touaregs, et d'une musique née de l'exil. Sept questions pour la comprendre.
1. Que veut dire « Tinariwen » ?
Le nom est le pluriel de ténéré, le désert, en tamasheq, la langue des Touaregs, qui appartient à la grande famille des langues amazighes. On le traduit souvent par « les déserts » ou, plus librement, « les gens du désert ». Un Marocain qui connaît le tachelhit ou le tamazight du Centre ne comprendra pas tout, mais reconnaitra certaines racines : c'est le même arbre linguistique, de l'Atlas au Sahel.
2. Comment le groupe est-il né ?
Ibrahim Ag Alhabib a vu son père exécuté lors du soulèvement touareg de 1963, au Mali, alors qu'il n'avait que quatre ans. Comme beaucoup de jeunes Touaregs chassés par les répressions et les grandes sécheresses, il grandit en exil, en Algérie puis en Libye. À la fin des années 1970, avec d'autres musiciens exilés, il commence à jouer. Le collectif prend forme au début des années 1980, dans un contexte politique et militaire tendu. Leurs chansons circulent d'abord sur des cassettes copiées de main en main à travers le Sahara.
3. Qu'est-ce que l'assouf ?
C'est le nom que les Touaregs donnent à ce style de musique, et c'est d'abord un mot de la langue : on le traduit généralement par la nostalgie, le manque, la solitude, le sentiment de celui qui est loin des siens et de sa terre. On comprend pourquoi la presse internationale a parlé de « blues du désert » : comme le blues américain, l'assouf transforme une douleur collective en musique. Les paroles parlent d'exil, de dignité, d'amour, de l'eau et des puits, de l'unité du peuple touareg.
4. Pourquoi des guitares électriques ?
La musique touarègue traditionnelle repose sur la voix, les mains, le tambour tendé et l'imzad, le violon monocorde joué par les femmes. Les jeunes exilés des années 1970 écoutaient aussi la musique de leur temps, venue d'Afrique de l'Ouest, du monde arabe ou d'Occident. La guitare, facile à transporter, est devenue leur instrument. Le résultat garde les rythmes, les chants alternés et les claquements de mains de la tradition, avec le grain électrique d'une guitare saturée.
5. Quand le monde les a-t-il découverts ?
Deux dates comptent. En 2001, le groupe sort The Radio Tisdas Sessions, enregistré à Kidal, au Mali, son premier disque distribué hors d'Afrique du Nord. La même année, il est la tête d'affiche de la première édition du Festival au Désert, organisée au Mali. Puis, en 2012, l'album Tassili, enregistré dans le sud algérien, remporte le Grammy Award du meilleur album de musiques du monde.
6. Y a-t-il d'autres artistes à découvrir ?
Oui, le blues touareg est devenu une vraie scène. Parmi les noms les plus connus à l'international : Bombino et Mdou Moctar, originaires du Niger, ou le groupe Tamikrest, venu du Mali. Chacun a son style, plus rock, plus psychédélique ou plus acoustique, mais tous chantent en tamasheq. Ce renouveau musical a fait plus pour faire connaître la langue touarègue au grand public que bien des manuels.
7. Quel lien avec le Maroc et les bijoux ?
Les Touaregs sont une branche du grand monde amazigh, qui s'étend de l'oasis de Siwa aux Canaries. Leurs parures d'argent, comme la célèbre croix d'Agadez, sont cousines de celles du Souss ou de l'Anti-Atlas. Et leurs motifs géométriques, triangles, losanges, chevrons et pointes de flèche, se retrouvent sur les fibules et les tapis marocains.
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Pour aller plus loin
- Écouter un album dans l'ordre, sans zapper : l'assouf se savoure dans la durée.
- Chercher les paroles traduites : elles disent beaucoup de l'histoire récente du Sahara.
- Rapprocher cette musique des rways du Souss ou de l'ahidous du Moyen Atlas : des styles très différents, mais la même place donnée à la poésie.
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