Dans beaucoup de familles marocaines, on entend encore cette phrase : « Ce bracelet, c'est le sayegh du mellah qui l'avait fait pour ta grand-mère. » Le sayegh, c'est l'orfèvre. Et le mellah, le quartier juif des villes marocaines. Derrière cette petite phrase se cache une grande histoire : celle d'un savoir-faire que juifs et musulmans marocains ont façonné ensemble pendant des siècles.
Un métier très présent dans les communautés juives
Historiquement, l'orfèvrerie était l'un des métiers fortement exercés par les artisans juifs du Maroc, dans les grandes villes comme dans les villages du Sud. Selon les historiens de la parure, certaines pièces étaient même fabriquées exclusivement par des artisans juifs, tandis qu'ailleurs, artisans juifs et musulmans travaillaient côte à côte.
Ce partage s'explique en partie par des raisons sociales et religieuses anciennes : certains travaux liés aux métaux précieux et au commerce de l'or étaient, selon les époques et les lieux, davantage confiés à des artisans juifs. Mais au-delà de ces explications, ce qui frappe, c'est la proximité du travail quotidien.
Des ateliers qui échangeaient leurs secrets
Les spécialistes soulignent qu'il est souvent très difficile, devant une pièce ancienne, de distinguer ce qui relève d'une influence arabe, andalouse, amazighe ou juive. Les techniques circulaient : le filigrane, l'émail, la ciselure, le niellé passaient d'un atelier à l'autre, d'une famille à l'autre. Un même bijou pouvait être commandé par une famille musulmane à un orfèvre juif, avec des motifs amazighs, selon une technique d'origine andalouse.
Quelques détails sont parfois associés à l'atelier juif, par exemple certains motifs animaliers sur des khmissa. Mais la plupart des formes appartiennent à un vocabulaire commun : triangles, losanges, croissants, étoiles, mains protectrices.
Ville et campagne, or et argent
Dans les médinas, ces orfèvres travaillaient surtout l'or et l'argent doré pour les parures citadines. Dans les régions rurales, notamment dans l'Atlas et le Souss, ils façonnaient les grandes parures d'argent amazighes, fibules, bracelets, colliers à émail. Les deux mondes de la bijouterie marocaine portent donc cette double empreinte.
Le temps de la transmission
Au cours du XXe siècle, avec le départ d'une grande partie de la communauté juive marocaine, de nombreux ateliers ont fermé ou ont été repris. Les savoir-faire ont continué à vivre grâce aux artisans musulmans formés aux côtés de leurs anciens maîtres, à Tiznit, à Fès, à Essaouira et ailleurs. Une partie de ce patrimoine se découvre aujourd'hui dans les musées : le musée Pierre Bergé des arts berbères de Marrakech présente par exemple des objets rituels issus de l'islam comme du judaïsme.
Un patrimoine reconnu
La Constitution marocaine de 2011 décrit l'identité nationale comme forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. Les bijoux marocains en sont une illustration tangible : chaque pièce ancienne porte en elle plusieurs de ces affluents.
Ce que cet héritage nous inspire
Chez Azor, nous aimons ces pièces qui racontent plusieurs histoires à la fois. Le Collier Rouleau en or 18K, pendentif cylindrique inspiré des anciennes amulettes et des parchemins, orné d'émaux rouge carmin, en est un exemple. Le Collier Andalous, en filigrane d'or, rend hommage aux techniques venues d'al-Andalus et transmises dans nos médinas.
Le mot de l'atelier
Chaque bijou ancien qui dort dans une boîte familiale est peut-être le fruit de ces échanges. Si vous possédez une pièce dont vous aimeriez connaître l'histoire ou que vous souhaitez restaurer, envoyez-nous une photo sur WhatsApp. Et pour découvrir nos créations inspirées du patrimoine, parcourez la collection Amazigh.

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