Fadhma Aït Mansour et Taos Amrouche : les chants kabyles transmis de mère en fille, de la meule au disque

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On croit souvent que la transmission se fait en ligne droite : la grand-mère donne, la mère garde, la fille reçoit. L'histoire de Fadhma Aït Mansour et de sa fille Taos Amrouche montre qu'elle peut aussi passer par l'exil, par une autre langue et par des détours inattendus. Une mère partie loin de sa Kabylie natale, qui chante à la maison les airs de son enfance ; des enfants qui grandissent à Tunis, écrivent en français… et finissent par faire entendre ces chants dans le monde entier.

Fadhma, l'enfant de Tizi Hibel

Fadhma Aït Mansour naît vers 1882 à Tizi Hibel, en Grande Kabylie. Enfant née hors mariage, elle connaît tôt le rejet du village. Sa mère la confie à l'école, puis à des religieuses ; Fadhma se convertit au catholicisme et épouse Belkacem Amrouche, lui aussi chrétien. Le couple s'installe en Tunisie, où naissent leurs enfants. Fadhma y vivra la plus grande partie de sa vie, loin de ses montagnes.

Mais elle n'a jamais perdu sa langue. Elle connaît par cœur un immense répertoire de chants kabyles : chants de travail, berceuses, chants de mariage, complaintes d'exil. À la maison, elle les chante et les raconte à ses enfants.

Un livre écrit pour ne pas oublier

Vers la fin de sa vie, Fadhma rédige en français le récit de son existence. Publié après sa mort, en 1968, sous le titre Histoire de ma vie, ce témoignage est aujourd'hui considéré comme un document rare sur la condition des femmes kabyles au tournant du XXe siècle. Fadhma meurt en 1967 en France.

Jean, le fils qui traduit

Son fils Jean Amrouche, poète et homme de radio, recueille auprès d'elle de nombreux chants qu'il traduit en français. Il les publie en 1939 dans un recueil intitulé Chants berbères de Kabylie. Pour la première fois, ces poèmes oraux transmis par une femme passaient à l'écrit et devenaient accessibles à un large public.

Taos, la fille qui chante

Marie-Louise Taos Amrouche naît à Tunis le 4 mars 1913. Dès les années 1930, elle travaille avec sa mère et son frère à recueillir et interpréter les chants de la famille. Elle a une voix grave, puissante, qu'elle met au service de ce répertoire.

  • En 1947, elle publie Jacinthe noire, roman en partie autobiographique : elle est considérée comme la première femme kabyle à publier un roman en français.
  • En 1966, elle signe Le Grain magique, recueil de contes, poèmes et proverbes kabyles, sous le nom de Marguerite-Taos.
  • En 1967, son disque Chants berbères de Kabylie rencontre un grand succès. Suivront notamment des albums consacrés aux chants de l'Atlas et aux « chants de la meule et du berceau ».

Taos chante en kabyle mais écrit en français : deux langues pour une même fidélité. Elle participe aussi, en 1966, à la fondation à Paris de l'Académie berbère. Elle meurt en France en 1976.

De la meule au berceau : ce que disent ces chants

Le répertoire transmis par Fadhma est d'abord un répertoire de femmes. On y entend :

  • les chants de la meule, que l'on chantait en moulant le grain à la main, pour donner du rythme au travail et partager ses peines ;
  • les berceuses, où les mères confient à l'enfant leurs espoirs et leurs inquiétudes ;
  • les chants de fête, pour le henné, le mariage, les retrouvailles ;
  • les complaintes d'exil, qui parlent de ceux qui sont partis et de ceux qui attendent.

Ces chants rappellent que, dans de nombreuses familles amazighes, ce sont les femmes qui ont porté la mémoire : par la voix, par le tissage, par les motifs tatoués, et par les bijoux transmis lors des mariages.

Trois leçons pour transmettre aujourd'hui

1. La distance n'empêche rien

Fadhma a transmis sa culture depuis Tunis, loin de son village. Les familles de la diaspora, en France, en Belgique ou au Canada, peuvent faire de même : une chanson, une recette, un mot par jour.

2. Changer de langue n'est pas trahir

Jean a traduit, Taos a écrit en français : c'est ainsi que les chants ont été sauvés. Raconter l'histoire familiale en darija, en français ou en anglais vaut mieux que de ne pas la raconter.

3. Garder une trace

Sans Histoire de ma vie et sans les enregistrements, la voix de Fadhma serait perdue. Enregistrer une grand-mère, noter le nom d'un bijou et son histoire, c'est déjà faire œuvre de mémoire.

Un bijou pour porter la mémoire des femmes

Les motifs que les femmes amazighes portaient sur la peau ont inspiré le Collier Tatouage en Or 18K (à partir de 5639 DH), un hommage discret à ce langage de signes. Plus légères, les Boucles Tazrzit en Or 18K (à partir de 1990 DH) font écho à la fibule traditionnelle, bijou de transmission par excellence. Toute notre collection Amazigh est pensée pour être portée, puis transmise.

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