Dans un village du Moyen Atlas, un soir de mariage, le cercle de l'ahidous se forme. Les tambours sur cadre se taisent un instant, une voix aiguë s'élève seule, puis deux rangées de chanteurs se renvoient un court poème, encore et encore, jusqu'à ce que tout le monde le connaisse par cœur. Ce poème n'était écrit nulle part une heure plus tôt. Il s'appelle un izli, et au pluriel des izlan. C'est l'une des formes les plus vivantes de la littérature amazighe, une littérature qui n'a jamais eu besoin du papier pour traverser les siècles.
Qu'est-ce qu'un izli ?
Un izli est un poème court et chanté : quelques vers, souvent un ou deux couplets, pas davantage. On le trouve sous ce nom ou sous des noms voisins dans plusieurs régions amazighophones : en tamazight du Moyen Atlas, en tachelhit dans le Souss et le Haut Atlas, en tarifit dans le Rif. Dans le Souss, les izlan obéissent à des règles précises de rythme et d'assonance.
Sa grande particularité est d'être à la fois improvisé et répété. Un poète, homme ou femme, le compose sur le moment, à partir d'une situation, d'une émotion, d'une allusion. Si le vers plaît, l'assemblée le reprend, le transmet, le chante à la noce suivante. Beaucoup d'izlan sont ainsi anonymes : leur auteur s'efface, le poème appartient au groupe.
On les entend dans les fêtes et les mariages, mais aussi, selon les chercheurs, dans les lieux du quotidien où l'on travaille ensemble : au moulin, au four collectif. Une grande partie de ce répertoire est d'ailleurs une poésie de femmes.
De l'ahidous au chant du Moyen Atlas
Notre article sur l'ahidous et l'ahwach décrit ces grandes danses collectives ; intéressons-nous ici à ce que l'on y chante. Dans l'ahidous, danse des tribus de langue tamazight du Moyen Atlas et du Haut Atlas oriental, la poésie est au cœur du spectacle. Les spécialistes décrivent un déroulement assez constant :
- la tamawayt ouvre souvent la séance : un appel improvisé chanté par une voix soliste, dans un registre aigu, femme ou homme à la voix haute ;
- les izlan viennent ensuite : des couplets repris en alternance par deux groupes de chanteurs, dans un jeu de questions-réponses ;
- le rythme des bendirs accélère progressivement, des phases lentes aux phases rapides, et le cercle d'hommes et de femmes, épaule contre épaule, ondule au rythme du poème.
À côté de cette poésie collective existe dans le Moyen Atlas une tradition plus professionnelle et itinérante, celle des poètes appelés imdyazen. À partir de la fin des années 1960, des chanteurs comme Hammou Lyazid ont popularisé une chanson moderne qui prenait des libertés avec la métrique traditionnelle des izlan.
Les rways du Souss, « propriétaires de la poésie »
Plus au sud, dans le Souss, l'Anti-Atlas et le Haut Atlas occidental, la poésie chantée a pris une autre forme : celle des rways (au singulier rrays). Ce sont des poètes-musiciens, longtemps itinérants, que des observateurs de l'époque coloniale comparaient aux troubadours du Moyen Âge. Un rrays est désigné comme bab n-umarg, littéralement le « propriétaire de la poésie ».
La tradition s'est structurée vers la fin du XIXe siècle. Sa figure fondatrice est Lhaj Belaïd, né vers 1872 près de Tiznit et mort en 1945, qui enregistra des disques dès les années 1930. Les rways s'accompagnent du ribab (vièle monocorde), du lotar (luth), du naqqous métallique et des bendirs. Leur âge d'or, porté par la diffusion du disque, s'étend des années 1960 aux années 1980, avec des voix comme celle de Rkia Talbensirt. Aujourd'hui, Fatima Tabaamrant fait partie des artistes qui ont porté cette poésie vers un large public.
Leurs thèmes sont ceux de la vie : l'amour, les chevaux, la nature, l'émigration, et plus récemment la cause amazighe.
L'art de dire l'amour en images
Ce qui frappe, à l'écoute des izlan et des chants des rways, c'est la manière de parler d'amour. Dans des sociétés où l'on ne dit pas tout en face, surtout devant la famille réunie, le poème permet de dire le désir, l'attente, la séparation, l'absence d'un mari parti travailler au loin, sans jamais nommer personne. Les chercheurs soulignent ce goût de la suggestion, de l'allusion, de l'image empruntée à la nature et à la vie quotidienne.
Il faut rester prudent sur la traduction de ces images : un même mot peut porter plusieurs sens en amazighe, et une traduction littérale trahit souvent la finesse du vers. C'est l'une des raisons pour lesquelles certains recueils célèbres font débat. Les Chants de la Tassaout, attribués à une poétesse du Haut Atlas, Mririda n'Aït Attik, et connus par les traductions françaises de René Euloge, sont admirés par les uns, tandis que d'autres y voient en partie une légende et s'interrogent sur la part du traducteur.
Une poésie qui se porte aussi
Entre le vers improvisé et le motif gravé, il y a une parenté d'esprit : dans les deux cas, un signe bref suffit à dire beaucoup. C'est cette idée que nous aimons prolonger à l'atelier. Le Collier Tatouage en Or 18K (à partir de 5 639 DH) rend hommage à un autre langage par signes, celui des tatouages des grands-mères. Et si vous souhaitez porter vos propres mots, le Collier Tifinagh Personnalisé en Or 18K (à partir de 2 899 DH) peut accueillir un prénom ou un mot court en tifinagh : un mot doux, un mot de la langue de vos parents, votre izli à vous.
Un conseil : choisissez un mot que l'on prononce dans votre famille, et indiquez-nous sa prononciation. Nous vérifierons ensemble sa transcription avant la gravure.
Pour prolonger l'écoute
Les izlan se transmettent encore aujourd'hui, dans les mariages, les festivals, et désormais aussi en ligne, où de nombreux jeunes artistes apprennent le répertoire des anciens. La prochaine fois que vous entendrez un cercle d'ahidous ou la voix d'un rrays, tendez l'oreille : vous écoutez une bibliothèque vivante. Pour garder un peu de cette poésie avec vous, découvrez notre collection Amazigh, ou écrivez à notre atelier de Casablanca sur WhatsApp pour graver le mot qui vous est cher.

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