Mohamed Chafik, né en 1926 : du Manifeste berbère au premier rectorat de l'IRCAM, portrait d'un pionnier du renouveau amazigh

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Dans beaucoup de foyers marocains, on trouve sur une étagère un vieux dictionnaire, un manuel scolaire ou un livre de poche qu'un parent a gardé toute sa vie. Pour toute une génération de militants et d'amoureux de la langue amazighe, ce livre-là a souvent été signé Mohamed Chafik. Son nom est moins connu du grand public que celui de certains chanteurs ou héros de l'histoire. Pourtant, peu de personnes ont autant compté dans le chemin qui mène de la tamazight parlée à la maison à la tamazight enseignée à l'école et inscrite dans la Constitution. Il est né le 17 septembre 1926 : 2026 marque le centenaire de sa naissance.

Un enfant des Aït Sadden

Mohamed Chafik naît dans la tribu des Aït Sadden, au pied du Moyen Atlas, non loin de Fès. Il grandit dans un milieu amazighophone, puis fait toute sa carrière dans l'éducation nationale, ce qui lui donne une connaissance très concrète de la place, ou de l'absence, de la langue maternelle des enfants amazighs à l'école.

Les grandes étapes d'une vie

  • Années 1950-1960 : enseignant, puis inspecteur de l'enseignement primaire, et premier inspecteur de l'éducation nationale en 1963.
  • Années 1970 : fonctions au cabinet royal et au gouvernement, puis conseiller au cabinet royal.
  • Il dirige ensuite le Collège royal de Rabat.
  • 1980 : il est nommé membre de l'Académie du Royaume du Maroc.
  • 1989 : il publie Aperçu sur trente-trois siècles d'histoire des Imazighen, synthèse historique largement lue dans le mouvement amazigh.
  • 1990-1999 : parution des trois volumes de son Dictionnaire bilingue arabe-amazigh.
  • 2000 : il rédige le Manifeste berbère.
  • 2001 : il devient le premier recteur de l'IRCAM, l'Institut royal de la culture amazighe.
  • 2002 : il reçoit le prix Prince Claus, aux Pays-Bas.

Le Manifeste berbère de 2000 : de quoi s'agit-il ?

Le 1er mars 2000, un texte rédigé par Mohamed Chafik et signé par de nombreux intellectuels, universitaires et acteurs associatifs est rendu public. Il demande notamment la reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe, son enseignement, sa présence dans les médias et une relecture de l'histoire du Maroc qui fasse toute sa place à la composante amazighe. Le ton est ferme, mais le texte s'inscrit dans un cadre légaliste : il s'adresse aux institutions et plaide pour un Maroc pluriel.

L'IRCAM, une institution pour la langue

L'Institut royal de la culture amazighe est créé par un dahir du 17 octobre 2001, quelques mois après le discours royal d'Ajdir. Mohamed Chafik en devient le premier recteur. Il aurait refusé tout salaire pour cette fonction, qu'il quitte fin 2003. C'est sous l'impulsion de l'IRCAM que le tifinagh est retenu, en 2003, comme alphabet d'enseignement de la tamazight au Maroc, et que commence le travail de standardisation et d'introduction de la langue à l'école. La suite est connue : reconnaissance de la tamazight comme langue officielle dans la Constitution de 2011, loi organique de 2019, Yennayer jour férié depuis 2024.

Ce que l'on retient de sa pensée

Une identité plurielle

Dans ses écrits, Mohamed Chafik défend l'idée d'un Maghreb conscient de sa profondeur amazighe, sans opposer les langues entre elles. Son titre Pour un Maghreb d'abord maghrébin (2000) résume bien cette vision.

Le choix de l'école

Ancien instituteur, il a toujours pensé que l'avenir d'une langue se jouait en classe, dans les manuels et les dictionnaires, autant que dans les fêtes et les chansons. Son dictionnaire et ses leçons de langue amazighe en témoignent.

Un franc-parler assumé

Il est aussi connu pour ses prises de position tranchées dans la presse, qui ont parfois suscité la polémique. On peut ne pas partager toutes ses analyses ; on ne peut pas nier son rôle de pionnier.

Porter la langue sur soi

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