Chez votre grand-mère, il y a peut-être une théière que personne n'a le droit d'utiliser au quotidien. On la sort pour les invités importants, pour l'Aïd, pour une demande en mariage. Et quand on demande d'où elle vient, on vous répond avec fierté : « Hadi rayt. » C'est une rayt. Peu de gens savent que ce mot, devenu synonyme de théière de qualité, est en réalité… le nom d'un Anglais.
Le thé arrive au Maroc
Le thé vert n'est pas né au Maroc : il vient de Chine. On sait qu'il était connu à la cour marocaine dès le XVIIIe siècle, souvent offert en cadeau diplomatique. Mais c'est au XIXe siècle, avec l'essor du commerce britannique vers les ports de Tanger et de Mogador (l'actuelle Essaouira), que le thé vert et le sucre se diffusent largement dans le pays. La menthe, elle, est bien locale : c'est le mariage des deux qui a donné naissance à notre atay.
Manchester, Richard Wright et les théières « rayt »
Au XIXe siècle, une petite communauté de négociants marocains, souvent originaires de Fès, s'est installée à Manchester, alors capitale mondiale du textile. Selon l'histoire rapportée par la presse marocaine, l'un d'eux s'est associé à un Anglais, Richard Wright, passionné d'orfèvrerie, pour fabriquer de l'argenterie destinée au marché marocain : théières, plateaux, boîtes à thé et à sucre, bouilloires, encensoirs.
Ces pièces en métal argenté mêlaient des décors anglais et le style des dinandiers de Fès. Elles étaient signées du nom de Wright en caractères arabes. Le nom, prononcé à la marocaine, est devenu « rayt », et a fini par désigner, dans le langage courant, une théière de belle qualité. La production a cessé dans la première moitié du XXe siècle, et les pièces originales sont aujourd'hui recherchées par les collectionneurs.
Le petit vocabulaire du thé
- Berrad : la théière.
- Siniya : le grand plateau.
- Kissan : les verres (au singulier, kas).
- Rbaiât : les petites boîtes à thé, à sucre et à menthe.
- Atay : le thé lui-même.
Verser le thé de haut, pour faire mousser le verre, fait partie du rituel. Et celui ou celle qui sert le thé occupe une place d'honneur.
Comment reconnaître une théière ancienne de qualité ?
- Le poids : une théière ancienne en métal argenté est souvent plus lourde que les modèles récents en inox léger.
- Les marques : regardez sous la théière, les orfèvres signaient souvent leurs pièces.
- Les détails : couvercle bien ajusté, bec fin, gravures nettes.
- Argent massif ou métal argenté : beaucoup de théières anciennes sont argentées et non en argent massif. Seul un poinçon ou un test permet de le savoir.
Vos questions, nos réponses
Toutes les théières « rayt » viennent-elles de Manchester ?
Non. Le nom « rayt » est devenu un terme générique pour désigner une belle théière : toutes celles qu'on appelle ainsi ne sortent pas de l'atelier d'origine. Pour une pièce de collection, demandez l'avis d'un spécialiste.
Comment entretenir une théière argentée ?
Rincez-la à l'eau chaude après usage, séchez-la bien, et polissez l'extérieur de temps en temps avec un produit doux pour métal argenté. Évitez les éponges abrasives, qui usent la fine couche d'argent.
Pourquoi verse-t-on le thé de haut ?
Pour l'aérer, mélanger le sucre et former une belle mousse dans le verre, que beaucoup appellent joliment la rezza, le turban : c'est le signe d'un thé bien servi.
Le thé, source d'inspiration
Le service du thé est un art de recevoir, et l'orfèvrerie du thé, un art à part entière. C'est cette tradition qui a inspiré notre Collier Lkas Maghribi en argent massif, clin d'œil au verre de thé que l'on tend à chaque invité. Découvrez toute notre collection Rouh Al Maghrib, née de ces symboles du quotidien marocain, et notre sélection Argent Massif.
Le mot de l'atelier
Un bijou peut raconter une tradition aussi bien qu'un objet de famille. Pour une création inspirée de votre propre rituel, écrivez à notre atelier de Casablanca sur WhatsApp.

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